Franck Lamoure -

Franck LAMOURE

      The site     

L'Amie

EXTRAIT

La scène se passe dans une cour de récréation. Avant que la lumière se lève, on entend une sonnerie. Sortent alors, par la gauche, des élèves accompagnés d'un professeur. Ils se répandent dans la cour. Tandis que certains préfèrent se promener, d'autres forment des groupes. D'un groupe, en avant scène, on perçoit une conversation animée sur l'ambiance générale de la matinée.

Alizée
C'est vraiment pas juste, j'ai des tas de copines qui sont en grève aujourd'hui.

Anaïs
Oui, je sais.

Stéphanie
Ici, ça ne risque pas de se passer…

Alizée
Tu parles. Ils font grève parce qu'ils manquent de profs !

Anaïs
Eh bien, nous, on n'en aurait plutôt de trop.

Stéphanie
Oui, des profs, on en a jusque là ! (elle fait le geste).

Anaïs
Eh ! Et tu sais quoi ?

Alizée
Quoi ?

Anaïs
Ils font grève aussi, parce qu'il y a trop d'élèves par classe !

Stéphanie
Oui, eh bien, là aussi, on a gagné le cocotier. 12 par classe, tu parles comme on est privilégiés.

Caroline
Les bienfaits de l'école privée…

Alizée
En attendant, pendant que les autres s'amusent, nous on travaille !

Caroline
Oh ! Ils ne s'amusent pas : ils revendiquent !

(rires désabusés).

Alizée
Tu parles ! Tiens, le lycée Jules Ferry ; ils ont le plein en profs, et ils font grève par solidarité. Toutes les excuses sont bonnes, oui.

Stéphanie
Tu te rends compte, on devrait avoir honte…

Anaïs
De ne pas être solidaires ? Tu as vu le discours de la Dirlo, ce matin, sur la solidarité ? Collée de 14 à 18 heures, samedi prochain ! La solidarité, à ce prix là… (elle propose un bonbon. Elles se servent).

Stéphanie
C'est bon pour Morgane, la solidarité…

Caroline
T'es vache !

Stéphanie
Bah quoi ? C'est la sainte de l'école. Dès qu'il y a un cas désespéré, c'est pour elle.

Caroline
A mon avis, tu ne la portes pas beaucoup dans ton cœur.

Stéphanie
Alors là, détrompe-toi. J'aime beaucoup Morgane, justement, mais elle n'est jamais disponible. On s'amuse bien, au contraire, avec elle. D'ailleurs, ici, tout le monde l'aime bien. Mais… Tiens, regarde, tu vois… Un cas désespéré ! Ah, c'est horrible, qu'est-ce que c'est que çà ? (elle recrache son bonbon dans un papier).

Les autres
Ah ! C'est dégueulasse ! Ça pique ! Anaïs, y en a marre de tes farces à la noix.

Anaïs
Piment.

Caroline
Quoi ?

Anaïs
C'est du piment… Super, non ? Ça aseptise bien la bouche, non ?

Stéphanie
Tu recommence encore une fois, ce genre de trucs, et je te démonte.

Alizée
(se lève) Morgane ! Morgane !

Morgane
Oui, on arrive !

Alizée
(se rasseyant en soupirant) Oui, à la fin de la récré.

Caroline
Vous avez vu qui elle nous ramène ?

Alizée
Ouais, Miss Intello ! La psycho-philomaniaque de l'école ! Quand elle a plus de problèmes philosophiques à résoudre, elle s'en crée !

Caroline
Il faut reconnaître que dans l'art de se prendre la tête avec des trucs qui ne servent à rien…

Anaïs
Sa vie, par exemple…

Stéphanie
Oh, la vache ! (elles rient).

Caroline
…il n'y a qu'elle pour exceller en la matière. (un temps. Elle regarde Morgane). Et peut-être un peu Morgane… (elle la désigne de la tête).

Anaïs
C'est drôle, ce dévouement permanent pour les autres, comme ça.

Alizée
N'empêche que parfois, elle nous impose des personnes dont on se passerait bien.

Caroline
Il faudrait trouver le moyen de s'en débarrasser en douceur…

Stéphanie
Anaïs. Je reviens sur ce que j'ai dit tout à l'heure. Je te donne l'autorisation de faire une dernière farce. Je dis bien une dernière. Après je te démonte. Refile-lui une de tes saloperies.

Anaïs
Vraiment ? Je peux ? Je ne sais pas si je dois ?

Caroline
Fais le, puisqu'on te le demande.

Anaïs
Oui, m'enfin, ce n'est pas très charitable…

Alizée
C'est un ordre !

Anaïs
Bon, puisque vous y tenez

Stéphanie
Bon, ça va, n'en rajoute pas trop.

Caroline
Les voilà.

Morgane
Salut les filles ! (Aude a des lunettes à verres très épais. Elles s'assoient).

Aude
Bonjour…

Les autres
(hypocrites) Bonjour Aude.

Stéphanie
(s'adressant à Morgane) Qu'est-ce que tu fais samedi, après-midi ? J'ai mon frère et ses copains qui viennent me voir. On pensait se faire une après-midi ciné. Ça te dit ?

Morgane
Ben, j'ai pas mal de devoirs encore à faire, alors j'aimerais autant travailler, ce week-end.

Anaïs
Nous, on veut bien… On est libre, tu sais.

Stéphanie
Bah, vous c'était sûr, je ne vous le demandais même pas. On se retrouve au café habituel, à 14 heures ?

Alizée
Pas de problèmes.

Aude
C'est gentil, mais malheureusement, je ne vais pas pouvoir me joindre à vous : j'ai pris du retard en philo.

Caroline
Quel dommage !

Anaïs
Oui, c'est bête. On avait pourtant tellement envie que tu sois avec nous…

Aude
Vous êtes gentilles. Ça me fait du bien de savoir que j'ai de bonnes amies.

Stéphanie
Et tu peux compter sur nous. Si tu veux qu'on t'aide pour la philo, il ne faut pas te gêner.

Aude
Oh, non merci, la philo, ça va bien. C'est un peu fastidieux, mais je m'en sors.

Anaïs
Oui, un peu fastidieux… Vous voulez un bonbon, les filles ? (elle fait passer le sachet. Elles se servent. Morgane veut mettre son bonbon à la bouche mais Caroline l'en empêche, elle insiste et Caroline lui glisse un mot à l'oreille. Morgane se met la main devant les yeux et regarde Aude qui l'enfourne. Tout le monde se tait et regarde Aude. Le silence devient presque gênant. Se sentant dévisagée, Aude arrête sa succion).

Aude
Qu'est-ce que vous avez ? (Morgane éclate de rire).

Stéphanie
Non, non, rien.

Aude
(les regarde interrogativement) Ils sont bons, ces bonbons. Je ne connaissais pas… Tu les achètes où ?

Anaïs
Chez un ami de ma mère…

Aude
Tu pourrais m'en commander, j'aime bien ce qui est épicé. Tu m'en redonne un, s'il te plaît ?

Anaïs
(interdite). Oui, tiens (elle tend son sachet).

(coup de sifflet de la prof d'histoire qui surveille la récréation).

Morgane
Qu'est-ce qu'elle a encore ? Dis donc, quand elle est à jeun, elle est vraiment pénible, celle-là. (rires des autres).

Caroline
C'est l'affaire d'une récréation… Après, ça va tout seul. (rires).

Alizée
Pour nous, pas pour elle. Vous vous souvenez, mardi dernier.

Morgane
Oh, oui ! J'étais écroulée de rire. J'en pouvais plus.

Stéphanie
Racontez, j'ai raté son cours, mardi, à cause du médecin.

Caroline
Morgane, puisque tu fais du théâtre, raconte lui…

Alizée
Tu fais du théâtre ? Depuis quand ?

Morgane
Depuis la semaine dernière.

Alizée
Et tu va jouer devant un public ?

Morgane
Ouais. On joue le 6 et 7 Mai.

Caroline
Génial !

Stéphanie
Alors raconte !

Morgane
Raconte, quoi ?

Stéphanie
Pour la prof d'Histoire…

Morgane
Ah, oui ! Eh bien, l'après-midi était bien avancé, la prof, aussi… (rire), lorsque, soudain, en équilibre sur l'estrade, voulant nous expliquer la chute du troisième Reich, elle à glissé, et en voulant se rattraper, s'est empiergé le pied dans la poubelle, et…Patatra ! Ça a fait un de ces boucan ! Inimaginable. J'étais éclatée.

Aude
C'est pas très charitable !

Morgane
Oui, je sais, mais c'était vraiment trop drôle !

Aude
Elle a du se faire mal ?

Morgane
Penses tu. L'alcool, ça anesthésie. (rires).

FIN DE L'EXTRAIT


Conformément à la loi française Informatique et Liberté (article 34), vous disposez d'un droit
d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant.
Pour ce faire, il vous suffit d'en faire la demande par e-mail au Webmaster de ce site.
Réalisation et maintenance par François CUNY