Franck Lamoure -

Franck LAMOURE

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Enfer et Dame Nation
EXTRAIT

Antoine travaille sur le décor d'une nouvelle pièce en chantant. Il peint gaiement.

Antoine
Zim boum boum, tagada tsoin tsoin ! Bon ! Eh ben, c'est déjà pas si mal ! N'est-ce pas, Antoine ? (se faiant face) Oui, oui, vous avez parfaitement raison, Antoine. Ah !… ( il donne un coup de pinceau, tel un artiste peintre, puis, recule pour regarder). Là ! Alors, qu'est-ce qu'il reste à faire ? S'agit pas de s'endormir ! La première est dans une semaine… (re-coup de pinceau)… poil à la bedaine !

Entrée de Marianne

Marianne
Monsieur Deville ?

Antoine
Oui ?

Marianne
Marianne Fayet, votre nouvelle assistante.

Antoine
Ma quoi ?

Marianne
Votre nouvelle assistante.

Antoine
Mais je n'en ai jamais eu ! Et j'en ai pas besoin. Je me débrouille très bien tout seul.

Marianne
Moi, je ne sais pas, c'est Maurice qui m'a demandé de vous donner un coup de main…

Antoine
Maurice ! ? ! Le metteur en scène ?

Marianne
Oui, c'est un ami de mon frère. Et comme je viens de finir les beaux arts, il m'a demandé de vous assister.

Antoine
Ah ! Carrément ! Les beaux arts ! Eh ! Bien dites donc ! (un temps). Maurice pense que je ne travaille pas assez bien ?

Marianne
Mais pas du tout…

Antoine
(éclatant) Alors pourquoi il veut que je sois aidé par quelqu'un du métier !

Marianne
Pourquoi ? Vous n'êtes pas du métier, vous même ?

Antoine
Non, mademoiselle, je ne suis pas du métier. Je suis menuisier. Pas décorateur. (un temps) Et je fais çà pour dépanner Maurice… et arrondir un peu mes fins de mois. C'est tout. De plus, c'est le quatrième décor que je lui fais, et il n'a jamais eu à se plaindre, que je sache !

Marianne
Mais, je ne crois pas que Maurice ait eu à se plaindre de vous. Je penses, plutôt, qu'il à essayé de m'aider : comme vous, j'ai besoin d'arrondir mes fins de mois, et… et puis, voilà…

Antoine
Bon, j'aime mieux çà.(un temps). Mais qu'est-ce qu'il vous a dit, exactement ?

Marianne
Rien. Je ne l'ai pas encore revu. C'est mon frère qui m'a téléphoné, hier, pour me dire de me présenter ici et de de- mander Monsieur Deville, avec qui je devrai travailler.

Antoine
(il la regarde mieux). Vous savez, çà va pas être très drôle pour vous, parce que, comme vous le voyez, les plans sont finis depuis belle lurette et que…

Marianne
Ca ne fait rien, il y a un début à tout.

Antoine
Bon ! Alors, bienvenue dans mon souk !

Marianne
Merci.

Antoine
Et puis, je m'appelle Antoine. O.K. ?

Marianne
O.K, Antoine. Moi, c'est Marianne.

Antoine
Eh bien, Marianne, venez voir les plans. (elle s'approche) Là, il faut dégager tout çà et mettre deux panneaux toilés, ici. Tout est prêt, c'est dans le couloir, vous êtes passée devant. (la lumière baisse jusqu'au…)

NOIR

Scène II

Antoine
Alors, çà, j'en reviens pas ! Une décoratrice qui préconise aucun décor ! Alors, çà ! (il rit).

Marianne
(riant aussi). Je n'ai pas raison ?

Antoine
Mais si, tout à fait, je reconnais que tu as tout à fait raison, mais tu avoueras quand même, que c'est marrant, non ?

Marianne
Pourquoi ? Seul, le résultat compte. Finalement, avec un bon éclairage, cela doit suffire.

Antoine
Non seulement, çà doit suffire, mais si Fredo, à la régie, nous en fait un dont il a le secret, ça risque d'être carrément génial ! Fallait y penser ! Bravo !

Marianne
Merci, Monsieur Deville.

Antoine
Mais, je vous en prie, Mademoiselle Fayet. (un temps). Tout de même, avec la formation que tu as eu et le métier que tu veux faire, on aurait pu s'attendre à ce que tu veuilles en rajouter, au contraire. Et prouver, comme çà, de quoi tu étais capable. Eh ! Je préfère çà.

Marianne
Ecoute, je ne suis pas complètement idiote. J'ai lu la pièce, comme toi, et il était évident qu'on ne pouvait pas faire un décor trop imposant.

Antoine
(prenant la mouche) Il était pas imposant, mon décor !

Marianne
Bien sûr que non ! Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire, tu le sais bien. Non, ce que je veux dire, c'est qu'il était logique d'en arriver à cette solution. Et plus j'y pense, plus je me dis que le seul décor qui puisse servir la pièce c'est celui qui n'existe pas.

Antoine
Ouais, enfin n'exagérons pas…

Marianne
Mais si ! Reprend la pièce : c'est l'histoire d'un homme dont tout ce déglingue dans la tête. Et qui n'arrive pas à … Je ne sais pas comment dire çà… à exister. Tu vois ?

Antoine
Ouais.

Marianne
Enfin, moi, je l'ai ressenti comme çà. Peut-être, parce que j'ai vécu les mêmes choses.

Antoine
(riant) Pas tout à fait. Tu t'es pas suicidée, toi.

Marianne
Oh ! J'en étais pas loin…

Antoine
Ah , quand même.

Marianne
(se reprenant) Oh, c'est du passé, maintenant…

Antoine
Je suis d'un sans-gêne incroyable : raconte !

Marianne
A quoi bon ? Ca te rapportera quoi, de savoir ?

Antoine
Raconte. Je te dirais après…

Marianne
(soupir) Eh bien, un jour, j'ai fait la connaissance d'un homme qui s'appelait Antoine.

Antoine
Oh !

Marianne
Oui, comme toi. Et le mieux… c'est qu'il te ressemblait.

Antoine
Tu te fous de moi, là !

Marianne
Oh ! j'en ai vraiment pas le cœur. C'est une drôle de coïncidence, je te l'accorde, mais c'est pourtant vrai. Enfin, il te ressemblait… (elle lui montre, en souriant gentiment, son ventre rebondi) … çà en moins.

Antoine
Oh ! tu sais, ça fait pas longtemps que j'ai du ventre. J'ai eu pas mal de problèmes. J'ai mangé, pour compenser. Et j'ai pris du ventre. Comme tu vois, j'en ai eu vraiment pas mal ! (il rit). Mais vas-y, je t'ai coupée.

Marianne
(soupir). Antoine, m'a fait la cour. Il m'a invitée à sortir, un soir. On a été au restaurant… Et puis, on s'est revus… Souvent. Très souvent. On s'appréciait beaucoup. Et tout naturellement, un jour, on a fait… enfin… tu me comprends ?

Antoine
Oui, bien sûr ! Vous avez fait… (il s'arrête gêné).

Marianne
Quelques temps, plus tard, nous avons commencé à faire des tas de projets. J'étais heureuse. Je ne demandais rien d'autre à la vie que d'être toute à lui, entièrement. Et pour toujours. Et quand il m'a dit : " Si on se mariait ? ", j'ai eu l'impression que tout chavirait. (un temps) J'y ai cru, à ce mariage, oh oui, j'y ai cru. (un temps) Je me souviens que je nous voyais mariés, un tas d'enfants autour de nous… dans une grande maison, à la campagne… avec un grand jardin. (un temps) Seulement, voilà. Il ne m'aimait pas. Il se contentait de jouer avec moi, de me manipuler, et je ne me doutais de rien. Pourtant, habituellement, je sens, si quelqu'un me joue la comédie ou pas. Mais avec lui, je n'ai rien vu, rien ressenti. Je n'étais que sa distraction, son jouet favori. Celle qui lui servait à assouvir ses désirs aux moments qu'il décidait. (un temps) Il m'a sacrément trompée, dans tous les sens du terme. (regard interrogatif d'Antoine) Il en aimait une autre. Une qu'il avait vraiment l'intention d'épouser. C'est lui même qui me l'a apprit, un soir, alors qu'on se caressait, encore tout alanguis d'amour. Ce fut comme si le plafond me tombait sur la tête ! J'étais tellement … atteinte, …tellement … meurtrie… que je mes suis mise à crier, pleurer, … (un temps) Ca a été effroyable ! je me tapais la tête contre le mur, à côté du lit, comme un gosse qui manque d'affection. Et puis, j'ai eu des " hauts le cœur ", comme pour … me vomir, moi-même, tu vois ? (Antoine ne répond pas et le silence devient pesant) Quand il a vu çà, il a pris peur et essayé de me faire croire que c'était une blague. Il m'a dit, en riant, qu'il avait voulu seulement s'assurer de mon amour. Mais, qu'il n'en demandait pas tant ! A ce moment là, je te jure que j'ai senti qu'il me mentait ! Eh bien, tu ne me croiras pas, mais j'ai marché quand même. J'espérais bêtement de me tromper. Il n'y a pas plus aveugle que la personne qui ne veut pas voir. Bref, je me suis calmée. Il m'a embrassée. Et puis nous avons refait…

Antoine
Vous avez refait l'amour.

Marianne
Oui, pour la dernière fois. Je ne l'ai jamais revu. J'ai, juste, par la suite, reçu un faire-part de mariage, qu'il a eu le sadisme de m'envoyer.

Antoine
Eh bien, si tu me permets, après tout, tu l'aimes peut être toujours ?…

Marianne
Ah ! Certainement pas. Je le hais !

Antoine
Alors, permet-moi de te dire, que ton mec, là,… c'est un bel enculé ! Excuse-moi, pour le mot, mais j'en ai pas d'autre pour lui.

Marianne
(elle rit tristement) Oui… Je n'ai connu un qu'un Antoine, mais j'avoue que j'ai été servie…

Antoine
Eh oh ! Tous les Antoine ne sont pas comme çà ! Dis- donc !

Marianne
(ils rient) Non bien sûr ! On voit bien que toi, tu es différent. Et tu sais, je ne me trompe jamais ! ! ! (un temps) Bon, d'accord,… presque jamais…

Antoine
Il te méritait vraiment pas. Faire du mal à une fille comme toi, c'est franchement dégueu ! Moi, je sais bien, que… (il se trouble).

Marianne
Mmmh ?

Antoine
Non, rien. J'allais dire des conneries.

Marianne
Ah…

Antoine
Tu veux que je te raconte, pour moi ?

Marianne
Pourquoi ? Toi aussi, tu as vécu, çà ?

Antoine
Pas tout à fait, mais j'ai pas mal dégusté aussi.

Marianne
Vas-y, raconte.

Antoine
Alors, moi, j'ai rencontré Reine… Oui, elle s'appelait Reine. Heureusement que je m'appelais pas claude, parce que je me serais vraiment marié pour des prunes (il éclate de rire. Seul. Voyant que Marianne ne réagit pas, il explique). Reine. Claude. Reine-Claude !

Marianne
Tu as été marié ?

Antoine
Eh oui ! J'ai été marié.

Marianne
C'est drôle, je ne t'imagine pas marié.

Antoine
Pourquoi ?

Marianne
Je ne sais pas. Comme çà…

Antoine
Ah bon. Enfin bref, j'ai donc rencontré Reine, pour la première fois, dans un bal. Elle avait juste dix-sept ans. Moi, j'en avais vingt. Je revenais du service militaire. Je l'ai invité à danser, et puis, pendant la danse, on a commencer à flirter, tu vois ? Par la suite, on s'est revus, plusieurs fois, mais, entre nous, toujours le flirt. On a fait l'amour que bien plus tard : le jour de ses dix-huit ans. Normal, avant elle était mineure ! (un temps) Je me souviens, au début, je faisais dix kilomètres en vélo, pour aller la voir à son lycée, à la sortie…(un temps) Elle était jolie, tu sais,… avec ses cheveux blonds, comme çà, … Et ses yeux ! Elle avait des yeux ! Moi, c'est simple je fondais comme un glaçon !

Marianne
(souriant) Comme un glaçon ?

Antoine
Arrête ! Evidemment, j'étais pas un glaçon ! C'était même, plutôt le contraire ! mais tu vois très bien ce que je veux dire !

Marianne
Je te taquine.

Antoine
Oh ! je vois ! Coquine, va ! (un temps) Bon, où j'en étais ? Ah oui ! Elle était tellement belle, que je craquais à mort. (un temps) J'étais pas mal, non plus, à l'époque ! Coiffé à l'arrière, comme çà… Eh ! Et puis, pour ce qui est du ventre, tu peux y aller : 20 kilomètres en vélo, tous les jours, pour la voir, je te dis pas, ça entretient la ligne. (un temps) Enfin, bref, un jour elle m'a présenté ses parents. Ils m'ont trouvé sympa, et me laissaient emmener Reine le samedi et le dimanche après-midi, pour faire une ballade. De temps en temps, ils m'invitaient à déjeuner. C'était vraiment cool. Je me souviens, après le repas, quand on partait se balader, la main dans la main, eh bien, on passait notre temps à s'embrasser. Des heure entières ! En pleine rue ! On devait avoir l'air con. Mais, tu sais, on faisait le plein pour la semaine !

Marianne
J'imagine.

Antoine
(il prend son paquet de cigarettes, en prend une et va s'asseoir sur l'accoudoir d'un fauteuil) Petit à petit, on a finit par se marier. Et c'est là que ça n'a plus marché. Elle n'avait pas imaginé la difficulté de la vie à deux. Aussi bien matériellement que sentimentalement. Normal, ça va de paire : quand le côté matériel va mal, le côté sentimental…Et c'est ce qui s'est passé pour nous. Vu, qu'elle avait pas de travail, je bossais pour deux. Mais mon salaire n'était pas mirobolant, et ne suffisait pas. Surtout qu'elle était très dépensière. Alors, j'ai accepté des petits boulots de manutention, décoration, comme maintenant. Si bien que je n'étais pas souvent à la maison. Elle s'est ennuyée, et… tu devine la suite.

Marianne
Elle a pris un amant.

Antoine
Un représentant en aspirateur, très exactement. Je l'ai su par les voisins… les braves gens !

Marianne
Cela a du être dur.

Antoine
Je ne dis pas. (il s'assoit dans le fauteuil). Mais, moi, je reconnais que ma réaction a été un peu différente de la tienne : elle s'est prise une de ces paires de baffes ! Ouh !

Marianne
Et alors ?

Antoine
Eh bien… elle s'est… (il fait le signe " partir ").

Marianne
Elle est partie ?

Antoine
Bah, oui ! Je l'avais frappée, la pauvre ! Alors elle est partie… retrouver son représentouilleux. (un long temps. On a l'impression qu'il s'endort. Changement d'éclairage). Je m'en souviendrai toujours. Il pleuvait… Mais il pleuvait !… Tiens ! c'était comme aujourd'hui, il tombait des seaux d'eau, fallait voir… (changement définitif de l'éclairage).

Scène III

(Reine, sa femme dépose une soupière sur la table, se dirige vers lui, qui regarde la télévision, et , par derrière, lui caresse les joues en disant :)

Reine
Le dîner est servi, mon chéri. (il soupire, se lève et s'assoit à table). Qu'est-ce qu'il y a ?

Antoine
Rien.

Reine
(un temps) Tiens, j'ai eu la visite d'un représentant en aspirateur, aujourd'hui.

Antoine
T'as rien acheté, j'espère ?…

Reine
Si, justement. J'en ai marre du balai, figure-toi. Ca ne fait que déplacer la poussière…

Antoine
T'as acheté un aspirateur ? Et avec quel argent ? Le seul argent que j'ai mis de côté, c'est pour les vacances !

Reine
J'en ai pris un peu. Seulement un petit peu, pour l'acompte. Le reste, c'est à crédit.

Antoine
(il crie) Quoi ? T'as pas touché à l'argent des vacances ?

Reine
Si, et alors ? On partira un peu moins longtemps, c'est tout.

Antoine
Un peu moins ! C'est tout ! Alors que je n'ai que çà pour me reposer tous les ans ! Je bosse toute l'année, comme un cinglé, pour pouvoir m'évader un peu…

Reine
Tu parles ! T'évader un peu. Chaque fois, on va chez ta tante Lucette. Dans la Beauce ! Quelle évasion ! De plus, toutes les économies passent dans les bistrots, pendant que je tiens compagnie à la tante Lucette !

Antoine
Et alors ? Ca te regarde ? C'est mes économies, non ?

Reine
Ah ! Tu vois çà comme çà, toi ? Seulement, tu ne veux surtout pas que moi, je travaille ! Et avoir mes propres économies !

Antoine
T'as la maison, à t'occuper, c'est largement suffisant ! A chacun son boulot !

Reine
Oui, mais tu oublies une chose : faire le ménage, la vaisselle, repriser te chaussettes….ça ne prend pas toute une journée. Alors, après ? Qu'est-ce que je dois faire, en t'attendant ?

Antoine
Après, après… T'as qu'à lire, ou regarder la télé. T'as quand même la belle vie, merde !Moi, ça me plairait, si c'était moi !

Reine
Eh bien, il n'y a qu'à inverser les rôles : tu restes ici pour t'occuper de la maison, et moi, je travaille.

Antoine
Ah, ah ! C'est malin ! Tu sais rien faire ! T'as même pas été foutue de finir tes études !

Reine
Dis donc ! J'ai arrêté mes études pour toi !

Antoine
Ouais, bah, t'étais pas obligée ! Et puis maintenant, y en a marre ! Ferme la !

Reine
O.K. Puisque c' est comme çà, je vais reprendre mes études.

Antoine
T'es bien trop con, pour y arriver ! Et puis, t' as jamais été foutue de finir quelque chose !

Reine
Ah, oui ? Eh bien, vas-y, cite-moi un exemple, pour voir ?

Antoine
Facile ! Tiens, ton canevas, là ! Quand je pense au prix que ça m'a coûté !

Reine
Je l'ai arrêté pour faire de la layette ! Puisque j'attendais un enfant !

Antoine
Ah ! Bah ! Parlons en de ton enfant ! Tiens ! En voilà un, de bonne exemple ! T'as pas été foutue de le faire correctement ! J'ai même pas eu le temps de le voir vivant !

Reine
(elle pleure et crie en même temps) T'avais qu'à pas aller te soûler au café, avec tes copains, en attendant que ça soit terminé !

Antoine
Tu sais ce que t'es ? Une mule ! Pas une tête de Mule ! Enfin, si, ça aussi d'ailleurs… Non, mais une mule ! Tu sais ce que c'est qu'une mule ?

Reine

Antoine
C'est dans un village, une femme qui se fait sauter par tous les péquenauds du bled, parce qu'ils risquent rien, vu qu'elle peut pas avoir de môme !

Reine
Salaud ! T'es qu'une ordure !

Antoine
Oh ! Ta gueule, hein ! J'te permets pas de m'insulter ! Surtout pas toi !

Reine
Tu me donnes envie de vomir.

Antoine
Eh bah, vomi ! Ca, tu sais le faire ! Je crois bien qu'il y a que çà que tu sais faire correctement !

Reine
Je me demande bien pourquoi tu m'as épousée…

Antoine
Eh ! Pardi ! Je pouvais pas deviner ! J'aurais su, avant, que t'allais tuer mon gosse…

Reine
Quoi ?

Antoine
Il est mort une demi-heure après l'accouchement, c'est tout comme ! (un temps) De toute manière, quand on regarde tes parents, on se doute bien, après réflexion, qu'il doit y avoir une sacrée tare dans ta famille !

Reine
Quoi ? Alors, çà, je vais le répéter à mes parents, tu peux en être sûr !

Antoine
Ah, ah, ah ! Une vrai gosse ! (Puis, menaçant) Tu répéteras rien du tout !

Reine
Pourquoi ? Tu as l'intention de m'en empêcher ? En me frappant, peut-être ?

Antoine
Oh ! Certainement pas ! Tu me dégoûtes tellement, que je veux surtout pas te toucher !

Reine
De toute façon, il y a bien longtemps que tu ne me touches plus !

Antoine
(il ricane) C'est çà ! Fais de l'esprit ! C'est bien à toi, pauvre conne, de faire de l'esprit ! Après ce que tu m'as fais ! Passe-moi le poivre…

Reine

Antoine
J't'ai demandé le poivre !

Reine
Je ne suis plus ta bonne. C'est fini !

Antoine
C'est fini ? Comment çà, c'est fini ? (plus fort) Passe-moi le poivre !

Reine
(elle crie) Non !

Antoine
(il se lève et va sur elle) T'en veux une ?

Reine
Je m'en fiche ! Je me fiche de tout, maintenant ! (il la giffle) Salaud ! (il va se rasseoir, elle s'écroule à table, en pleurs).

Antoine
Le poivre. (elle lui jette à la figure et va pour sortir). Tu te casses ? Bon débarras !

Reine
Oui ! Je me casse, comme tu dis ! Mais pas comme tu le souhaites !

Antoine
Ah, ah, ah ! Et allons y pour le chantage au suicide ! Y avait longtemps !

Reine
Tu as tort de plaisanter. (il rit) Ca fait quatre mois, que tous les soirs, tu me maltraites, m'insultes, m'accuses de ne pas t'avoir donné d'enfant. La coupe est pleine !

Antoine
Mais ma pauvre fille, je te l'ai déjà dis, tout à l'heure, t'as jamais été foutue de faire quelque chose jusqu'au bout. Alors, le suicide, hein, laisse-moi rire !

Reine
Tu me mets au défi ?

Antoine
Oh ! je te mets pas au défi, moi. (il rigole) Là, le défi, c'est toi qui te le donnes…

Reine
Si ! Tu me mets au défi, puisque tu dis que je n'en suis pas capable !

Antoine
Ah ! Ca, c'est bien vrai ! T'en es bien incapable ! Comme pour le reste ! Et moi, à ta place, eh bah, je m'écraserai, tu vois ?

Reine
Très bien ! Je vais donc m'écraser ! Et c'est toi qui l'auras voulu ! (elle sort).

Antoine
C'est çà ! Bon voyage ! Pauvre conne ! (on entend une fenêtre s'ouvrir, des voitures et camions passer dans la rue, des klaxons. Un cri. Un drôle de bruit. Des crissements de pneus, des coups de klaxon. Antoine, se sert un verre de vin rouge, en boit, une gorgée, puis se lève en râlant à cause du bruit qui l'empêche d'entendre la télévision, va fermer la fenêtre, se remet à table, pousse le son de la télévision avec la télécommande, et recommence à manger, tandis que la lumière baisse lentement jusqu'au)

NOIR

FIN DE L'EXTRAIT

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