Franck Lamoure -

Franck LAMOURE

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Un Cluedo pour Miss Marple
ACTE I

Un pensionnat de jeunes filles. A droite de la scène, le bureau de la bibliothécaire, Béatrice Chauffard. A gauche, une petite salle de détente pour les élèves, avec télé et magnétoscope. Actuellement, des élèves regardent à la télé un film policier enregistré sur une k7. La bibliothécaire appelle Judicaelle dans son bureau.

Béatrice
Judicaelle.

Judicaelle
Oui, madame.

Béatrice
Entre, s'il te plaît. (elle entre, Béatrice ferme la porte et va s'asseoir à son bureau). Dis donc, tu ne te ficherais pas de moi, par hasard ?

Judicaelle
Non, madame.

Béatrice
Eh bien moi, je pense qu'oui. Ça fait déjà 15 jours que j'attends " Le rouge et le noir ".

Judicaelle
Mais madame, il est chez moi. Je vous le ramène lundi…

Béatrice
Tu m'as déjà fait le coup, la semaine dernière…

Judicaelle
Oui, mais la semaine dernière, vendredi, pratiquement au moment de partir, j'ai été consignée. Je n'ai donc pas pu le récupérer.

Béatrice
Alors, ça, ma petite fille, je n'ai pas à rentrer dans ces contingences. (un peu déclamatrice) Nathanaël, jette mon livre ! André Gide. Enfin, je devrais dire, Judicaelle, jette mon livre, sinon j'en réfère à la Directrice.

Judicaelle
Mais je viens de vous dire que je ne pourrais vous le donner que Lundi.

Béatrice
Dommage, pour toi. (elle s'empare du téléphone).

Judicaelle
Et si je faisais comme la semaine dernière ?

Béatrice
Comment ça ?

Judicaelle
Eh bien, que je participe au renouvellement des livres de la bibliothèque de l'école.

Béatrice
Bon, tu as de la chance que je t'aime bien. (soupir, puis déclamant). Il y a des semences de bonté et de justice dans le cœur de l'homme, si l'intérêt propre y domine. Luc de Clapiers, marquis de Vauvenargues. (Judicaelle, pendant la citation a sorti un billet de 50 F et l'a posé sur le coin du bureau. Allez, va, c'est bon pour cette fois.

Judicaelle
(sortant) Merci Madame.

Béatrice
(Elle ouvre son sac à main qui se trouve sur le bureau, et avec un sourire de vive satisfaction, enfouit le billet à l'intérieur). Pour l'école. Pour mon école !

Judicaelle
(s'asseyant avec les autres). Alors, on en est où ?

Caroline
On ne sait pas.

Diane
Et apparemment, Marple est en train de sécher, pour une fois !

Marple
Pas du tout. Et puis arrêtez de m'appeler Marple.

Christelle
Ce n'est tout de même pas de notre faute si dans les films, tu trouves toujours avant nous le criminel.

Corinne
Comme Miss Marple, dans Agatha Christi. (soupir de Marple).

Elodie
Alors ?

Marple
Alors quoi ?

Elodie
Qui est-ce ?

Marple
Le criminel ?

Elodie
Oui.

Marple
Vous n'aviez pas remarqué ?

Mélodie
Remarqué quoi ?

Marple
Le briquet ?

Toutes
Mais quoi, le briquet ?

Marple
Tout à l'heure, Simpson allumait bien ses cigarettes avec un briquet ?

Delphine
Oui, et alors ?

Marple
Eh bien, maintenant il se les allume avec des allumettes. Normal, il a du les oublier chez la victime, et c'est comme ça qu'il va se faire prendre. (c'est à ce moment qu'on entend l'inspecteur proposer du feu à Simpson).
" Vous voulez du feu ? " Emilie, se précipite pour pousser le son. " oui, merci . Mais, dites-moi, c'est mon briquet ? - Tout à fait, Monsieur Simpson, et je vous arrête pour le meurtre de Madame Pings. Si vous n'aviez pas bêtement oublié votre briquet sur le lieu du crime, je crois bien que j'aurais été obligé de classer l'affaire. " (Judicaelle va éteindre le poste).

Judicaelle
Je suis vraiment dégoûtée. Tu sais, ton surnom, tu ne l'as pas volé.

Aurélie
Oui, mais il ne s'agit toujours que de fiction. Une véritable enquête serait autrement plus difficile.

Mélodie
Ne l'écoute pas, elle est jalouse.

Aurélie
Jalouse de quoi ? C'est nul, vos histoires. Avec un peu d'habitude on peut toujours y arriver.

Emilie
Eh bien, toi, tu manques d'habitude, puisque tu ne trouves jamais.

Marple
Laissez. Elle a raison. Avec l'habitude, on arrive mieux à reconnaître les mécanismes des films. Par exemple, en général, le tueur n'est jamais celui à qui on pense. Vous pouvez être sûres que celui qui n'a pas d'alibi est innocent. L'assassin, lui, en a toujours un en béton.

Delphine
Alors Judi, elle t'a encore rackettée ?

Judicaelle
Oui, comme la fois dernière, 50 francs. Heureusement que j'avais prévu le coup. En attendant, son bouquin est largement payé.

Christelle
Quelle saloperie ! Et je suis polie…

Corinne
On devrait la dénoncer

Judicaelle
Tu parles, elle nierait tout en bloc ! Et comme elle est copine avec La dirlo, c'est moi qui trinquerais parce que je n'aurais pas rendu le livre. Mais pourquoi j'ai prêté ce bouquin ?

Corinne
Tu l'as prêtée à un copain ?

Judicaelle
Bah oui, je pensais qu'il me le rendrait à temps. Il en avait besoin pour une disserte…

Caroline
Mais, tu es sûre qu'il va te le rendre ?

Judicaelle
Je pense… oui… Demain, dès que j'arrive chez moi, je lui téléphone pour qui me le rende. Enfin, si on ne me consigne pas, comme vendredi dernier.

Diane
J'ai faim.

Elodie
(regardant sa montre). Ça ne devrait pas tarder. (La cloche sonne). Tiens, tu vois. (elles se lèvent toutes).

Caroline
Moi aussi, j'ai faim !

Delphine
Toi, tu as toujours faim.

Caroline
Tu as vu ce que j'ai mangé, ce midi ,

Mélodie
Moi, je l'ai vu.

Caroline
Ah !

Mélodie
Tu n'as mangé que le double de moi. Exceptionnellement. (rire des autres).

Caroline
D'accord, je ne dirai plus rien. (elle sort, suivie des autres. Dans son bureau, Béatrice, pour la dernière fois, referme son livre, le place sur une étagère…)

Béatrice
L'histoire des hommes n'a jamais été que l'histoire de leur faim. Jean Guéhenno. (elle prend son sac à main et sort tandis que la lumière baisse jusqu'au…)

NOIR

Les filles sont toutes dans la salle détente. A côté, dans le bureau de la bibliothécaire, une femme fouille. Emilie essaye de voir quelque chose par le trou de la serrure.

Elodie
Je me demande bien qui c'est. (un temps, ou tout le monde réfléchit).

Delphine
Peut-être que la peau de vache a décidé de partir. Dans ce cas, ça serait un remplaçant.

Amélie
Ça m'énerve, je n'arrive pas à voir.

Diane
Laisse tomber, Emilie, tu va te faire piquer. (Emilie revient en traînant les pieds).

Corinne
Il a l'air déjà plus sympa.

Christelle
Oui, ça va nous faire tout drôle.

Mélodie
(entrant). Eh, les filles ! Une information de première !

Elodie
Quoi ?

Mélodie
La bibliothécaire…

Elodie
Oui…

Mélodie
Elle est morte.

Elodie
Comment tu as su ça ?

Mélodie
Par la cuisinière.

Emilie
Et elle est morte comment ?

Mélodie
Noyée. Dans sa baignoire.

Diane
Mais, alors, qui c'est ?

Mélodie
Qui c'est, qui ?

Corinne
La bonhomme dans le bureau.

Elodie
Nous, on croyait que c'était le remplaçant, mais c'est un peu tôt, tout de même.

Mélodie
La cuisinière m'a dit que les flics étaient déjà là, pour enquêter.

Corinne
Il serait flic. Il en a pas la tête.

Delphine
Attention, voilà La dirlo.

Toutes
Bonjour, madame la Directrice.

La dirlo
Bonjour les filles. (Elle frappe à la porte du bureau).

Le flic
Entrez. (Pendant que la directrice entre :)

Delphine
C'est bien la première fois que je vois La dirlo, frapper à une porte.

Le flic
Asseyez-vous.

La dirlo
Merci.

Le flic
Bien, alors, vous êtes la Directrice de cet établissement.

La dirlo
Oui.

Le flic
Depuis longtemps ?

La dirlo
Bientôt trente ans.

Le flic
Eh bien, dites-moi, ce n'est pas tout récent.

La dirlo
Non, et je prends ma retraite à la fin de l'année.

Le flic
C'est un sale coup, pour votre dernier exercice.

La dirlo
Plutôt, oui. Je m'en serais bien passé.

Le flic
On dirait que la mort de Mademoiselle Chauffard n'a pas l'air de vous attrister plus que ça.

La dirlo
C'est vrai que je ne l'aimais pas beaucoup. Dix ans plutôt, je l'aurais virée avec plaisir. Mais que voulez-vous, la retraite approchait, alors…

Le flic
Alors, expliquez-moi un peu ce qui s'est passé.

La dirlo
Eh bien, ce matin, elle n'est pas venue travailler. Au début, personne s'est inquiété : je lui avais donné son vendredi en plus de son week-end pour qu'elle aille voir sa mère malade, en Auvergne. Et comme le lundi, ça lui arrivait souvent d'être en retard… Mais là, à midi, on a commencé à se demander s'il ne s'était pas passé quelque chose. Vous comprenez, elle n'aurait jamais manqué un repas. Pour tout l'or du monde. Alors, je suis allée voir chez elle.

Le flic
Au fait, pourquoi habitait-elle sur son lieu de travail ?

La dirlo
Parce que depuis une vingtaine d'années, il y a des logements prévus à cet effet et que pour l'établissement, il est préférable que le personnel soit sur place. Donc, Mademoiselle Chauffard, comme la majeure partie des professeurs était nourrie, logée et blanchie. Vous, savez, on ne peut pas dire qu'ils soient malheureux, ici. Sans compter les salaires supérieurs à ceux du public.

Le flic
En effet. Si j'avais su…

La dirlo
Vous auriez fait professeur.

Le flic
Logé, nourri, blanchi, payé et avec des vacances scolaires à rallonges….

La dirlo
Mais un inspecteur, c'est bien payé, quand même ?

Le flic
(il éclate de rire) Moi-même, qui suis Commissaire, je préfère ne rien vous dire, je vous ferais pleurer.

La dirlo
Ah bon ? A ce point là ?

Le flic
Garanti. Mais revenons à notre Béatrice Chauffard. Vous m'avez dit que vous aviez été chez elle.

La dirlo
Enfin, d'abord, j'ai frappé à la porte. Et là, pas de réponse. J'ai insisté, mais rien. J'ai essayé de coller mon oreille sur la porte, au risque de me faire surprendre, j'aurais eu l'air malin, mais rien. Aucun bruit ne venait de l'appartement. Pourtant quand quelqu'un est chez lui, on entend bouger, faire la cuisine, par exemple ; ou le bruit des assiettes quand on mange. Là, le silence le plus complet.

Le flic
Et donc vous avez ouvert la porte.

La dirlo
Non. Je suis allée chercher la clef chez le concierge. C'est lui qui a tous les doubles des clefs des appartements. C'est quelqu'un de très sûr, d'une honnêteté exemplaire. Je suis remontée chez Mademoiselle Chauffard, ouvert la porte, et visité l'appartement. La porte de la salle de bain était fermée. Quand je suis entrée, c'était une véritable étuve : son chauffage d'appoint était allumé. Et puis, je l'ai vue, nue plongée dans sa baignoire. Comme vous l'avez découverte, à votre arrivée. Je n'ai touché à rien.

Le flic
Et vous nous avez appelé tout de suite.

La dirlo
Oui, tout de suite. Il devait être 13 h 15 - 13 h 30.

Le flic
13 h 20, exactement. On note tout au commissariat. Je vois, là, que vous vous appelez Arlette Faubert, que vous êtes née à Roudoualec La Chaussée…

La dirlo
Les bains !

Le flic
Pardon ?

La dirlo
Oui, Roudoualec La Chaussée les bains… à côté de Concarneau.

Le flic
Ah ! ... Le premier janvier 1939, c'est ça ?

La dirlo
Oui, c'est ça.

Le flic
Là, encore vous n'avez pas eu de chance, dites-moi.

La dirlo
Pourquoi ?

Le flic
Pour les cadeaux. Noël, Jour de l'an et anniversaire, tout ça en même temps, c'est mal réparti.

La dirlo
C'est sûr. A chaque fois je n'avais qu'un cadeau. Mais maintenant ça n'a plus grande importance : les cadeaux, c' est moi qui me les fais.

Le flic
Pas d'enfant ?

La dirlo
Vous ne croyez pas que j'en ai assez, des enfants, ici ?

Le flic
Vous avez raison. Bon, eh bien, on va attendre le résultat de l'autopsie et puis on classera l'affaire. Voilà.

La dirlo
Je peux partir, alors.

Le flic
Il n'y a pas de problème.

La dirlo
Eh bien,… Au revoir Commissaire.

Le flic
Au revoir, madame Faubert. (la directrice sort et le flic se remet à fouiller)

Mélodie
Et si c'était un crime ?

Caroline
Et pourquoi ? Ça serait un crime ?

Aurélie
Je suis bien certaine que les mobiles ne manquent pas.

Christelle
Personne ne pouvait la sentir. Même les profs. Tout le monde la détestait.

Elodie
En tout cas je ne la regretterai pas.

Toutes
Moi non plus.

Emilie
Mais si c'était vraiment un meurtre, voilà une belle enquête pour Marple.

Marple
D'abord, je m'appelle Julie… et puis, je n'imagine pas quelqu'un, au pensionnat, qui serait capable de tuer qui que soit.

Diane
Eh,… Qui sait ? (le téléphone sonne dans le bureau. (Emilie se précipite pour mettre l'oreille contre la porte).

Le flic
Allo, oui, bonjour Roland. … Ah, l'autopsie ! Ça été vite, dis donc !… Ah, vous n'avez pas fini…Oui, c'est pas grave, tu me téléphoneras la suite quand vous aurez terminé…. Alors ?… Il n'y avait pas d'eau dans les poumons ?… Aïe ! Moi, qui pensait que c'était une affaire classée. Tu as d'autre renseignements ?… Probablement étouffée par un oreiller ou un sac en plastique avant d'être immergée. Bon, eh, bien, je te remercie. Vous en êtes où, là… Au foie ? Bon, j'attends ton rapport. Salut…. Ah, j'oubliais, la mort remontrait à quand ? Oui, merci. Salut. (elle raccroche). Un crime ! Ça, alors ! Mais, c'est complètement idiot de l'étouffer avant de l'immerger. Pourquoi ne pas la noyer, simplement ? Faut vraiment être débutant pour vouloir maquiller un crime en noyade dans des conditions pareilles. Enfin, cela ne devrait pas être une enquête qui pose trop de problèmes.

Emilie
Eh, il parle tout seul !

Le flic
Alors, nous avons donc un meurtre commis le samedi, entre 9 h et 12 h. Les élèves étant retournées chez elles, il ne reste donc qu'à connaître le nom des profs qui sont restés là, ce week-end. Çà devrait être limité. (il prend un papier et écrit. Emilie, n'entendant plus rien, retourne voir les autres).

Emilie
Et un Cluedo pour Marple !

Elodie
Pourquoi, tu dis ça ?

Emilie
Parce qu'il s'agit bien d'un crime. En fait, elle a été étouffée, par un oreiller ou un sac plastique, avant d'être plongée dans sa baignoire. C'est excitant !

Aurélie
On l'a tuée quand ?

Emilie
D'après l'autopsie, on l'aurait tuée samedi entre 9 et 12 h 00.

Aurélie
Eh bien, voilà du vrai pour Marple. Là ce n'est pas du cinéma.

Delphine
Oui, cette fois, c'est du vrai.

Christelle
C'est le moment de faire voir ce dont tu es capable.

Marple
Vous êtes très drôles !

Mélodie
Après tout, pourquoi pas. Qu'est-ce qu'il t'empêche de mener ton enquête parallèle ?

Marple
Et tu veux que j'interroge ceux qui étaient là samedi, comment ? Tu penses peut-être qu'ils vont se laisser questionner comme ça, toi ?

Corinne
C'est vrai. Tu imagines Marple…

Marple
Je m'appelle Julie !

Corinne
en train d'interroger le prof de Français, ou d'histoire ? Vous étiez où, entre 9 et 12 H 00, samedi. Vous avez un alibi ?

Marple
Par contre, rien ne nous empêche de laisser le flic faire les interrogatoires pour nous.

Judicaelle
Oui, tu lui demandes d'assister aux entretiens.

Marple
Evidemment non. Mais pourquoi ne cacherions-nous pas un caméscope sur un des meubles ? Comme ça on se repasse tranquillement les interrogatoires et on en sait autant que lui.

Emilie
Je vais vite chercher un caméscope en classe de vidéo, si elle est ouverte. (elle sort).

Elodie
Il va nous manquer l'entrevue avec la directrice.

Marple
Ce n'est pas grave, on ne savait pas encore que c'était un meurtre. Elle sera certainement interrogée une nouvelle fois.

Mélodie
Je me demande bien qui est l'assassin ? Un prof ?

Diane
Peut-être.

Marple
De toute façon, le samedi il ne peut y avoir que la dirlo, quelques rares profs qui ne partent pas dans leur famille… Et puis c'est tout.

Aurélie
Non, il y a aussi le concierge ! (rires des autres).

Marple
Oui, le concierge.

Christelle
Mais si on a envie de poser des questions que le flic ne pose pas ?

Marple
Tant pis, on fera avec. Mais tu sais, les flics connaissent leur métier.

Le flic
(sortant de son bureau). S'il vous plaît ?

Elodie
oui ?

Le flic
Vous pourriez m'indiquer les toilettes ?

Toutes
C'est par ici… La première à gauche… Vous allez tout droit… Mais non, … Etc… (les phrases, différentes se confondent à tel point qu'on ne comprend rien).

Le flic
Attendez, attendez, ne parlez pas toutes en même temps, c'est incompréhensible. (elle désigne Christelle). Tu peux me driver, s'il te plaît ?

Christelle
(se levant). Oh oui, Monsieur.

Diane
Eh, monsieur l'inspecteur ?…

Le flic
Commissaire. Ecoutez, vous êtes gentilles, mais j'ai besoin d'aller aux toilettes.

Diane
Juste un truc.

Le flic
Bon vas-y, mais vite.

Diane
Vous devriez laisser tomber. Celui qui l'a tuée a rendu service à tout le monde. C'était une vrai peau de vache. Nous elle nous rackettait.

Le flic
Comment savez-vous que c'était autre chose qu'un accident. (silence des filles, empreint de gène). Vous écoutez aux portes ? Bravo. On ne vous a jamais dit que ça ne se faisait pas ?

Diane
Si

Le flic
(un temps, Le flic hésite). Elle vous rackettait ?

Toutes
Oui elle nous rackettait elle nous demandait sans arrêt de l'argent…soit disant pour… (le brouhaha).

Le flic
oh, oh ! Ne parlez pas en même temps.

Elodie
Ici, on a pas le droit de sortir les livres de l'école. Mais, souvent, on les emmenait quand même chez nous, le week-end, pour travailler un peu. Et, quelque fois, on les oubliait, alors qu'on devait les rendre. Dès le lundi, elle nous convoquait et nous menaçait de le dire à la directrice. A moins qu'on participe à l'entretien ou au rachat des livres, qu'elle nous disait. Mais on sait très bien qu'elle gardait l'argent pour elle, on l'a déjà vu le mettre dans son sac.

Le flic
C'était du bluff ! Il fallait la dénoncer à la directrice.

Mélodie
Impossible, elle s'entendait trop bien. Tout ce qu'elle demandait, elle l'obtenait.

Le flic
Bon, je vous remercie. (il va pour sortir avec Christelle). Ah, au fait, pour vous éviter la tentation d'écouter aux portes, je vous demanderais de libérer cette pièce pendant toute la durée de l'enquête.

Toutes
oh, non !

Le flic
(en sortant et souriant). Si, si !

Delphine
Pourquoi, tu lui as raconté ça ?

Diane
Mais j'en sais rien, moi.

Marple
De toute façon, on s'en fiche, puisqu'on va installer le camescoope. J'aimerais bien d'ailleurs (Emilie entre essoufflée) Ah ! Personne ne t'a vu le prendre ?

Emilie
Non, non. Il n' y avait personne… J'ai couru…

Corinne
Oui, on entend.

Emilie
Mais comment on va l'installer ? (elle désigne le bureau).

Caroline
Il est partie faire pipi.

Mélodie
On n'imagine pas un flic ayant des besoins naturels. Dans les films, les superflics, ça ne va jamais pisser.

Marple
Bon, on l' installe avant qu'il revienne. (elles l'installent et ressortent). Voilà. Nous allons pouvoir interroger les suspects.

Elodie
Espérons qu'il y aura assez de k7.

Emilie
J'ai mis une k7 de 4 heures, ça devrait aller !

Caroline
Attention, il revient.

Le flic
(entrant). Alors, vous êtes encore là ? (elles se lèvent lentement). Allez, allez… (elles sortent en bougonnant tandis que le flic se rassoit et décroche le téléphone). Allo… Dis donc, tu pourrais me renvoyer madame Faubert, s'il te p… Ah, elle arrive, bon… je te remercie. A tout à l'heure… (il raccroche). Saleté de portable, on entend rien. Ça coûte cher et ce n'est même pas au point. (On frappe). Entrez, madame Faubert.

La dirlo
Vous saviez que j'arrivais ?

Le flic
Oui, mon adjoint vient de me prévenir. Il en est où ?

La dirlo
(elle rit). Il est en train de faire un de ces souk : il retourne tout l'appartement. Il cherche des indices, qu'il m'a dit.

Le flic
Bon, je voulais vous revoir…

La dirlo
Vous avez eu du nouveau… (tête du flic)…ce n'est pas un accident…

Le flic
On ne peut rien vous cacher.

La dirlo
C'est bien ma veine !

Le flic
On l'a étouffée, probablement avec un oreiller, samedi matin entre 9 et 12 heures, et on a essayé de maquiller ça en accident.

La dirlo
Moi, qui venait vous demander si vous en aviez encore pour longtemps. Me voilà renseignée.

Le flic
A ce propos asseyez-vous, madame Faubert.

La dirlo
Merci.

Le flic
A ce propos, je voulais vous demander l'autorisation de conserver ce bureau pendant toute la durée de l'enquête. C'est possible ?

La dirlo
Bien sûr, pourquoi pas ? Il n'y a pas encore de remplaçant, vous savez ?

Le flic
Je l'espère, sinon il y aurait préméditation.

La dirlo
Oh ! A mon âge, ça ne risque pas. Comme je vous l'ai déjà dit, j'attends tranquillement ma retraite. Si j'avais voulu m'en débarrasser, je l'aurais renvoyée, tout simplement.

Le flic
Bon,. Parlons peu, mais parlons bien.

La dirlo
Oui.

Le flic
J'aurais quelques questions à vous poser.

La dirlo
Oui, je vous écoute.

Le flic
Vous m'avez dit, tout à l'heure, que tous les professeurs, ainsi que tout le personnel habite sur place. C'est cela ?

La dirlo
Oui, à l'exception des cuisiniers qui repartent chez eux tous les soirs. Sinon, les professeurs, qui sont tous célibataires, je le précise, habitent sur place dans de très beaux logements.

Le flic
Les cuisiniers, eux, sont mariés, c'est cela.

La dirlo
Oui, ils ont tous une vie de famille. Et comme c'est plus dur de trouver des cuisiniers que des professeurs, je n'ai pas insisté pour qu'ils divorcent.

Le flic
Oui, bien sûr. Mais, dites-moi, habituellement, beaucoup de profs restent sur place, le week-end ?

La dirlo
Très peu. La plupart profitent de leur repos pour retourner dans leur famille. Il n'y a guère que moi pour hanter en permanence ces couloirs gris et tristes. Tiens, ça me fait penser qu'il faut que je les fasse repeindre avant de partir.

Le flic
C'est vrai que c'est un peu triste. Bon. Alors, ce week-end, il y avait qui, exactement ?

La dirlo
Contrairement à l'habitude, il y avait un peu plus d'animation, ce week-end. Je ne sais pas pourquoi. J'ai aperçu, le professeur de Français, madame Leclerc, une divorcée, celui de maths, Anne Labbé, une petite jeune très gentille, celui d'Histoire, Monsieur Duquesne et même celui de gymnastique Joël Dujardin, une nouvelle dans notre équipe.

Le flic
Et tous étaient là, samedi, entre 9 h 00 et 12 h 00 ?

La dirlo
Ah ! Ça, j'en sais rien. Je les ai aperçus, pas surveillés.

Le flic
C'est vrai. Et la bibliothécaire, vous ne l'avez pas vue ?

La dirlo
Non. De plus, je la croyais partie depuis vendredi, puisqu'elle m'avait demandé sa journée. Je ne comprends d'ailleurs pas pourquoi elle est finalement restée. Elle semblait tenir absolument à aller voir sa mère.

Le flic
On lui a peut-être téléphoné pour la rassurer sur l'état de santé de sa mère et lui dire de ne pas venir. (moue dubitative de la dirlo). Bon. Je vous remercie, Mme Faubert.

La dirlo
Bien, je m'en vais, alors. (au moment de sortir). Ah, au fait ! Voulez-vous vous joindre à nous pour déjeuner, demain midi.

Le flic
Oui, pourquoi pas ? Mais, je ne suis pas seul…

La dirlo
Avec votre collègue, bien sûr.

Le flic
Dans ce cas.

La dirlo
Je vous préviens, c'est avant tout un repas de cantine…

Le flic
Ça ira très bien, ne vous inquiétez pas. Merci beaucoup.

La dirlo
Bon, eh bien à demain, si vous n'avez pas besoin de moi, plus tôt.

Le flic
C'est ça, au revoir Mme Faubert. Ah ! Vous pourriez m'envoyer un professeur ?

La dirlo
Bien sûr. (elle sort, et le flic sourit).

Le flic
M'étonnerait que ça soit elle. (la lumière baisse progressivement jusqu'au…)

NOIR

FIN DE L'EXTRAIT


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