Franck Lamoure -

Franck LAMOURE

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CHIFOUMI

EXTRAIT

L’appartement de François. Aquarium, chaîne hi-fi, canapé. François héberge Michel qui, à l’ouverture du rideau, passe l’aspirateur, un petit tablier autour de la ceinture. On sonne. Michel va ouvrir.

Michel
T’as encore oublié tes clefs ?

François
Non, non.

Michel
Alors pourquoi tu sonnes ? (il retourne vers l’aspirateur, le débranche, le range)

François
Parce qu’elles sont dans ma poche. (Il montre les courses)

Michel
Bon, o.k., tu fais la cuisine pendant que je finis de ranger ?

François
Non, non. (Il dépose les courses sur la table) «CHIFFOUMI» !

Michel
Oh, non ! Pas «CHIFFOUMI», c’est toujours moi qui perds.

François
Faux ! J’ai perdu : j’ai fais les courses.

Michel
Ouais, bah pour une fois...

François
(prenant la position) Allez, «CHIFFOUMI» !

Michel
Non ! y en a marre ! Et puis, est-ce qu’on a l’âge de jouer à «CHIFFOUMI», je te le demande ?

François
«CHIFFOUMI» !

Michel
Non ! Plus de «CHIFFOUMI». On fait les courses, le ménage, la vaisselle, chacun notre tour. C’est quand même plus juste, non ? Surtout que c’est toujours toi qui gagnes.

François
Eh ! Tu as voulu habiter chez moi ?

Michel
Oui, et alors ?

François
Ca t’évite de prendre un appart’ ?

Michel
Oui, et alors ?

François
Ici, tu ne paies que la moitié du loyer. Après tout, j’aurais pu te le faire au «CHIFFOUMI», le loyer...

Michel
Et puis quoi, encore ?

François
Donc tu habites chez moi et tu te plies aux règles de chez moi : «CHIFFOUMI» !

Michel
Et merde !... (Ils se mettent l’un en face de l’autre, une main derrière le dos et crient «CHIFFOUMI» ! François perd. (Michel éclate de rire et se fiche de François) Et qu’est ce que nous prépare notre cordon bleu, ce soir ?

François
(En se dirigeant vers la cuisine avec les courses) Des sandwiches !

Michel
Quoi ? Mais c’est dégueulasse ! Tu te fous de moi, là ! Moi, je te fais du steak, de l’omelette, quelque chose de chaud, quoi !

François
Ouais, mais tu sais le steak, de nos jours, avec la vache folle... Quant aux œufs, avec la salmonelle... Donc, sandwiches ! Et puis d’abord, c’est celui qui fait qui choisit.

Michel
O.K. Mais la vengeance est un plat qui se mange froid.

François
Tou, toudou, doudou, tou... Qui c’est qui va se régaler avec la bonne cuisine de François ?... C’est Michou...

Michel
Je t’ai déjà dit de ne pas m’appeler Michou, j’aime pas çà.

François
Excuse-moi Michou (tête de Michel. Tu mets un disque s’il te plaît ?

Michel
Non !

François
Quel mauvais caractère !

Michel
(à part) Il est gonflé, lui.

François
(qui revient avec les sandwiches) Saucisson à l’ail et pâté. Tu veux un whisky ?

Michel
Avec du saucisson à l’ail ?

François
O.K. Pas d’apéro. (S’asseyant et commençant à manger) Tiens, au boulot, il y a une nouvelle secrétaire. Tu verrais le canon... Génial !

Michel
(s’emparant d’un sandwich) Ah ?

François
Ouais, je lui est filé un rancard pour demain midi. Celle-là, mmmh... Il faut absolument que je me la fasse. Elle est mariée, mais elle m’a déjà annoncé la couleur : « Oui, mon mari et moi, c’est plus comme avant, tout çà,... » Tu parles ! (un temps) Il est chauffeur routier, ce con. International, en plus ! Tu vois ce que je veux dire ?

Michel
Non, non, je ne vois pas, non.

François
Allez, sois pas jaloux, mon grand. Tiens, branche-toi la concierge.

Michel
Quoi ? La concierge ? Non mais, t’as pas mieux comme gravos ?

François
Alors là, tu es médisant. Elle est géniale, la concierge. Elle est très mignonne, la concierge.

Michel
Ah, oui ! Un canon, comme tu dis. Et quel canon ! Du style de la grosse Bertha.

François
Du moment qu’il tire bien, que demande le peuple ?

Michel
Bon, d’abord, je ne suis pas le peuple, je suis Michel, et puis laisse tomber, j’ai l’imagination fertile : j’ai pas envie de me couper l’appétit. (Il considère son sandwich) Quoique... (François va chercher de l’eau dans la cuisine) Tu me dirais Carole Bouquet…

François Carole Bouquet ? Tu as de drôles de goûts. Tu me dirais Sophie Marceau, encore.

Michel
Alors, excuse-moi, mais entre Sophie Marceau et Carole Bouquet, il n'y a pas photo. Moi, je prends Carole Bouquet.

François
Et moi, Sophie Marceau. Elle est super Sophie Marceau. Tu as vu comment elle est gaulée ?

Michel
Oui, bah, elle n' a rien d'exceptionnel.

François
Quoi, rien d'exceptionnel ? Rien d'exceptionnel ? Sophie Marceau ?

Michel
Oui Sophie Marceau.

François
Non, mais tu n'as pas vu ses seins ? Ses seins ! Il n'y a pas plus beau que les seins de Sophie Marceau ! C'est à faire virer sa cutie à un vieux pédé sur le retour !

Michel
Tu m'excuseras, mais moi aussi, j'ai vu ses seins à Sophie Marceau. D'ailleurs, tout le monde les as vu, les seins de Sophie Marceau ! Et bien, moi, je préfère ceux de Carole Bouquet.

François
Pfffff ! Elle en a pas.

Michel
Si elle en a. Ils sont tout petits, mais vachement beaux.

François
Eh, qu'est-ce que tu vas en faire de ta Carole Bouquet. C'est un vrai glaçon, un remède pour l'amour.

Michel
Pffff ! Carole Bouquet, froide ? Tu la connais pas.

François
Ah, parce que tu la connais, toi ?

Michel
Mais ça se sent ces choses là.

François
N'importe quoi ! Sophie Marceau, par contre, c'est une sacrée bombe !

Michel
Ouais, mais à retardement. Quand elle se décide à exploser, tu es déjà au bout de la rue.

François
Bon, on va pas se disputer. Toi tu prends Carole Bouquet, et moi Sophie Marceau. Comme ça, c'est sûr qu'on risque pas de se les piquer.

Michel
D'accord, tope là ! (il se tape dans la main). Bon, parlons peu, mais parlons bien. Tu as pensé à notre projet ?

François
Pas eu le temps.

Michel
Evidemment, tu pensais à autre chose... (il dessine une nana dans le vide)

François
Même pas. (mimique de Michel) Je t’assure que non. Franchement, non.

Michel
Bah, alors ?

François
Mais j’ai travaillé, tu es marrant. 57 dépannages par téléphone, j’ai fais, aujourd’hui. Dont un, alors là, il faut le faire : une secrétaire qui me bigophone parce qu’elle n’arrivait pas à utiliser son logiciel de compta. 3/4 d’heure au bout du fil. Bonjour la note. Je comprenais plus rien. En fait, elle avait pas branché son imprimante...

Michel
Et ça n’imprimait pas.

François
Ouais, mais dans la tête aussi, elle imprimait pas.

Michel
Bon, et notre projet ?

François
Je sais pas. Faut voir...

Michel
Ca te branche ou ça ne te branche pas. Faut le dire tout de suite.

François
Mais oui, ça me branche... Je te l’ai dit. Mais il faut voir... 50.000 balles à sortir ça donne à réfléchir...

Michel
100.000 balles !

François
Ouais, mais 50.000 pour moi.

Michel
On les récupère après...

François
Mais tu es vraiment sûr que ça va se vendre çà ?

Michel
Bah, oui ! Ca va partir comme des petits pains.

François
Quand même, du vin pour chien ! Moi, mon clebs, il boira de l’eau !

Michel
Mais pense à toutes ces grand-mères qui donnent du steak, du foie, du jambon à leur toutou d’amour... Alors pourquoi pas du vin ? Sans alcool, en plus...

François
Encore heureux. Tu vois la gueule du chien si c’est du 12 degrés ? (un temps) Non, mais je vais voir... Qu’est-ce qu’il y a, à la télé ?

Michel
Rien

François
C’est à dire ?

Michel
« Le gendarme de Saint-Tropez » sur la 1. Sur la 2, « le gendarme à New York ». Sur la 3, « le gendarme et les gendarmettes », et sur la 6 « le gendarme et les extra-terrestres ».

François
Génial ! Canal Plus ?

Michel
Un spécial rétrospective sur Louis de Funès.

François
(dans un soupir) Et Arté ?

Michel
Un documentaire...

François
Ah bah voilà !

Michel
... sur la gendarmerie française.

François
Génial ! Je vais me coucher. Je vais bouquiner un peu, et puis après, je vais faire dormir les yeux.

Michel
Bonne nuit Françounet.

François
Bonne nuit, mon Michou. (François va pour sortir, Michel va pour allumer la télé, lorsqu’on sonne. Michel va ouvrir, pendant que François reste figé dans son mouvement. A la vue de Brigitte, François essaie précipitamment d’enlever son tablier, mais n’y arrive pas. Il finit par le tourner à l’envers et essaie de masquer les nœuds avec ses mains)

FIN DE L'EXTRAIT


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